Le point de vue du MNLE 45
La dérogation d’épandage insecticide sur les cultures de maïs est inacceptable, pourquoi ?
La problématique de la culture du maïs du point de vue environnemental :
(1) Le maïs en chiffres : en France les surfaces de maïs ont été multipliées par dix en soixante ans, passant de 300000 hectares en 1939 à 3,15 millions d’hectares aujourd’hui. (1) La France produit chaque année 16 millions de tonnes de maïs, premier producteur européen.
-1 Premier problème : (1) le maïs est très gourmand en eau, il faut 2 millions de litres d’eau chaque année pour faire pousser un hectare de maïs. Les prélèvements d’eau nécessaires pour la culture du maïs utilisé en été à la période d’étiage (basse eaux) des rivières et fleuves entrainent des restrictions d’eau pour les usages domestiques. (1) Les 20 départements, les plus gros bénéficiaires de primes à l’irrigation ont un indice de restriction presque deux fois plus élevé que celui des 72 autres départements.
-2 Le maïs est une plante dite érosive, car elle laisse le sol nu pendant l’hiver, ainsi il y a migration des désherbants et des reliquats d’azote vers les nappes phréatiques.
-3 La culture du maïs est responsable d’une forte pollution aux désherbants dans les cours d’eau et les nappes profondes, la Simazine et l’Atrazine interdites en 2003, sont toujours largement retrouvées dans les analyses de notre eau de boisson. (1) En 2000, 125 tonnes d’atrazine ont été épandus rien qu’en région Poitou-Charentes. Les volumes de désherbants pour cette culture sont très importants, par rapport à d’autres plantes cultivables.
Conclusion sur la culture du maïs :
-Le maïs à un bilan écologique désastreux, que n’a pas les autres cultures de céréales. Il nécessite :
-Plus d’herbicides
-Plus d’azote
-Coût économique (des primes à l’irrigation importantes, (1) 56% de plus que les cultures non irriguées). De par le fait il n’est pas nécessaire d’en rajouter une couche avec des épandages aériens d’insecticides.
L’intérêt d’une infime minorité corporatiste ne peut pas supplanter ceux de dizaines de milliers d’autres personnes. En démocratie, l’intérêt de quelques uns doit passer après l’intérêt général.
La problématique de l’épandage aérien :
Nous savons tous que l’épandage aérien apporte des problèmes de dérive du produit utilisé de l’ordre de 50% environ suivant les conditions météo, alors qu’un certain nombre de parcelles de maïs sont en bordure ou à proximité des cours d’eau, tel que la rivière la Conie, et du site Natura 2000 FR 241 0002.
Cette dérive va apporter une pollution accrue, et entraîner une mortalité importante de l’entomofaune aquatique.
Persistance du CORAGEN dans l’environnement :
Le CORAGEN, dont la matière active est le chlorantraniliprole est extrêmement toxique chez les invertébrés d’eau douce, tout comme son métabolite : le IN-EQW78.(1).
Le chlorantraniliprole se dégrade lentement dans les sols, sa demi-vie variant de 228 à 924 jours en conditions aérobies. Dans l’eau, il est persistant avec une demi-vie de 125 à 231 jours. (2)Son principal *métabolite le (IN-EQW78) est également persistant dans les sols *aérobie où sa demi-vie de 645 à 785 jours. (2) Dans l’eau, ce métabolite est persistant avec des demi-vies de 121 à 680 jours (Aérobie) et de 701 jours *(anaérobie). (2) Etant donné qu’il est persistant son potentiel de lessivage est élevé, ceci indique qu’il peut contaminer l’eau souterraine par lixiviation. Il peut aussi contaminer l’eau de surface par ruissellement.
Le CORAGEN n’est pas encore agréé par l’ANSES pour les traitements aériens, les dossiers de demande de dérogation préjugent donc du feu vert de l’ANSES.
Le CORANGEN étant un insecticide récent, mis sur le marché en 2010 il n’y a donc pas une vision précise de l’impact sur les organismes vivants sur le long terme.
La proximité éventuelle avec des habitations, de jardins domestiques, peut entraîner une pollution indirecte, non tolérable pour les habitants riverains à ces parcelles traitées. Le bruit apporté par les rotations des hélicoptères serait également très important.
Alors que le Grenelle 2 interdit les épandages de pesticides par voie aérienne, cette dérogation est une transgression faite encore une fois à l’environnement et à la santé des différents êtres vivants
(3) La pollution de l’air n’est pas prise en compte. Au niveau national et européen, il n’existe pas de réglementation portant sur la présence des pesticides dans l’air ambiant. Pourquoi l’absence de normes des polluants chimiques d’origine agricoles ? Alors que la présence de ces polluants est importante surtout au printemps et à l’automne. (3) Or pendant l’épandage et suivant les conditions météorologiques et les modes d’application, de 25 à 75% des produits phytosanitaires ne se déposent pas sur les aires traitées ; ce taux pouvant même atteindre 90% sur les sols humides. Les pesticides peuvent donc s’introduire dans l’atmosphère directement lors de l’application mais également après leur dépôt en se volatilisant. Outre le risque sanitaire direct que représentent les pesticides, de par leur nature dans l’atmosphère, ils peuvent subir des dégradations chimiques ou photochimiques et participer ainsi au mécanisme réactionnel atmosphérique en produisant des aérosols et des polluants secondaires tel que l’ozone. Pour les pesticides les plus stables, ils peuvent subir des transports à longue distance, grâce à la circulation des vents, et contaminer ainsi les zones les plus reculées de la planète, tel que les pôles nord et sud. (3) Pour les campagnes de mesures de longue durée (annuelle ou Pluriannuelles) le pourcentage de détection de certaines molécules peut atteindre 90% du temps. Elles peuvent êtres présentes dans l’atmosphère pendant environ 11 mois de l’année.
(3) C’est le cas du Lindane, insecticide interdit depuis 1998, et de la Trifluraline. Ces mesures sont réalisées par les AASQA, (associations agréée surveillance qualité de l’air.)
De plus on parle toujours de matière active de la spécialité commerciale, mais rarement des adjuvants associés à la matière active, (3) or les adjuvants utilisés sont souvent des composés phénoliques dont le tonnage peut dépasser celui des pesticides. Quel impact sanitaire, et quels sont les niveaux atmosphériques de ces composés ? On rencontre aussi bien ces polluants chimiques, au niveau urbain que rural.
Partout, les modes de cultures biologiques devraient s’imposer, laissant derrière nous les monocultures destructrices pour l’environnement et les hommes.
La lutte biologique, alternative aux traitements chimiques aériens :
Des moyens de lutte biologiques existent, pourquoi ne pas les utiliser. Les auxiliaires Trichogrammes qui parasitent les œufs de lépidoptères dont la Pyrale du maïs fait partie sont parfaitement adaptés dans le cadre de la lutte biologique, sans aucun autre impact pour la faune, l’eau, l’air et le sol.
Pour toutes ces raisons le principe de précaution devrait s’imposer.
Le MNLE 45 dit non aux dérogations d’épandage aérien.
Philippe Lorme secrétaire adjoint.
* métabolite : Un métabolite est un composé organique intermédiaire, engendré au cours des transformations successives d’une substance chez un être vivant afin de le rendre compatible avec les capacités d’assimilation de ces récepteurs.* Aérobie : en présence d’air (oxygène dans le sol, ou l’eau)
* Anaérobie en l’absence d’air ‘ (oxygène dans le sol ou l’eau)
(1) source : Le livre noir de l’agriculture, éditions Fayard
(2)Source : CRAAO : Centre de Référence en Agriculture et Agroalimentaire du Québec/sagepesticides : lien : http://www.sagepesticides.qc.ca/Recherche/Resultats.aspx?search=matiere&ID=518
(3) Source : contamination de l’air par les pesticides : nouvelle composante de la pollution de l’air Bilan réalisé par les AASQA, fédération ATMO