Les analyses d'eau en détail.
Comme nous, vous vous intéressez à l’eau qui coule de votre robinet et que nous buvons tous les jours. Vous avez certainement demandé et consulté les analyses d’eau qui sont affichées dans les centres techniques des mairies.
Ces analyses que l’on trouve en affichage public, portent sur la qualité microbienne et physico-chimique de l’eau d’adduction.
Elles sont rassurantes puisque dans les normes (pour la plupart des villes de l’agglo).
Mais ces analyses sont incomplètes et très succinctes.
Demandez les analyses complètes, qui elles, ne sont pas affichées, mais rangées dans les tiroirs des services techniques.
Là vous aurez des analyses plus fines, où l’on retrouve une grande quantité de produits chimiques : pesticides, désinfectants, HAP, métaux lourds etc.…
Les prélèvements d’eau destinés aux analyses sont faits en fonction du volume d’eau distribué et du nombre d’habitants, ils varient aussi en fonction des polluants recherchés.
Pour les pesticides, les prélèvements par an varient de 1 pour les communes inférieures à 50 habitants, à 12 à partir de 300000 habitants.
Les analyses complètes ne sont qu’un instantané, à un instant T .Les polluants peuvent varier dans un sens où dans l’autre, en fonctions des activités humaines, agriculture, industrie, pollution accidentelle, et saisonnière : forte pluviométrie par exemple.
Si l’on prend l’exemple des analyses de Fleury les Aubrais, on retrouve tout un cortège de polluants, dont certains sont cancérigènes, bien sûr dans des quantités très faibles, et bien en dessous des normes en vigueur à quelques exceptions près.
Mais l’on ne trouve que ce que l’on recherche, bien d’autres substances se retrouve dans cette eau. Des substances médicamenteuses, des hormones, et des antibiotiques, autant de cocktails qui s’ajoutent aux polluants identifiés dans les analyses.
Mais là encore, on peut-être rassuré, ces substances se trouvent en quantité infinitésimales, de l’ordre du nano gramme, ou dixième de nano gramme.
Sauf que, aucunes études ne sont faites sur la synergie des polluants ; le fameux effet cocktail dont on entend de plus en plus parler.
De plus, en toxicologie ; le vieil adage, « la dose fait le poison » est de plus en plus critiqué et remis en cause.
Qu’elles conséquence induisent l’association de 50 ou 100 substances chimiques diverses dans l’organisme, dont un certain nombre sont des POP*(1).
L’homme boit de l’eau tous les jours ; ceci s’ajoute à une nourriture déjà polluée : traces de pesticides, additifs alimentaires, dioxine, etc.…
Prenons l’exemple des hormones, pour ce qui concerne l’être humain. On sait aujourd’hui, qu’elles agissent à des doses très faibles, de l’ordre du picogramme, soit un milliardième de gramme.
S i l’on prend stricto sensu les éléments azotés : ammonium, nitrates et nitrites, par rapport à d’autres communes; à Fleury, on à une bonne qualité, grâce à une très faible quantité d’éléments azotés.
Pour ce qui concerne les autres éléments, lorsqu’on détaille les analyses d’eau de Fleury, on y énumère pas moins de 84 pesticides, dont 8 organochlorés : le Lindane, interdit depuis 1998, 4 métabolites des triazines (désherbants) utilisés sur la culture du maïs et maintenant interdits depuis 2003, 8 métaux lourds, 6 sous produits de désinfection,.13 composés organohalogéné et 6 composés volatils ou semi volatils, dont le benzène et le toluène, cancérogène pour l’un, neurotoxique et reprotoxique pour l’autre ; joli cocktail !
Maintenant voyons les normes mises en place pour les seuils limites autorisés.
La directive 98/83/CE précise qu’au-delà de 0,10µg/L (0,1 microgramme par litre) par substance pesticide individuelle ou de 0,50 µg/L pour le total des pesticides quantifiés, la limite de qualité est dépassée. Dans ce cas l’avis de la directive prévoyait que l’eau ne devait pas être utilisée, ni pour la boisson, ni pour la préparation des aliments si un pesticide s’y trouvait à une quantité supérieure à 20% d’une valeur sanitaire maximale (V Max), définie par l’OMS), pendant plus d’un mois.
Ce fait est déjà inacceptable en soit, mais on fait pis aujourd’hui, car une instruction de la direction générale de la santé du 9 décembre 2010 prévoit que des restrictions d’eau contenant des pesticides sera mise en place à partir de 100 % de la VMax du pesticide concerné qui devra être atteinte, quelle que soit la durée d’exposition.
L’atrazine est un bon exemple. Pour ce pesticide utilisé comme désherbant dans les cultures de maïs et que l’on retrouve dans de très nombreux captages d’eau en France : la VMax est de 2 µg/L.
Avant la note de 2010 ; dès la valeur de 20% de la VMax pendant plus d’un mois, soit 0,4 µg/L d’atrazine, une interdiction temporaire de consommation était prononcée. Après 2010, c’est 100%
de la VMax, sur la base des 2µg/L. Ceci va permettre de tolérer des quantités 5 fois supérieures de pesticides dans l’eau, sans pourtant être interdite de consommation.
Ceci va avoir pour effet d’abaisser mécaniquement le nombre de personnes touchées par les restrictions d’eau dues à un dépassement de seuil de pesticides.
On le voit bien aujourd’hui que les instances de santé gouvernementales jonglent avec les chiffres, au niveau des normes et des seuils de valeurs maximales autorisées, mais elles jonglent également avec la santé des consommateurs qui, de leurs côté devront se soigner avec des médicaments dont une Sécurité Sociale déjà en déficit, devra assumer les coûts.
Tout ceci devrait être revu à la baisse, pour être davantage conforme à l’intérêt des consommateurs.
Nous vous conseillons de demander les analyses d’eau de votre commune, et de les faire détailler.
La confiance n’est plus de mise.
Philippe Lorme pour le MNLE 45
(1) POP : Polluants Organiques Persistants